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La chloroquine médicament miracle ou faux espoirs ?

Et si l'usage de l'hydroxychloroquine dans le traitement des infections au COVID19 s'avérait être une mauvaise piste..


Nous vivons une expérience exceptionnelle dans laquelle nos savoirs et nos convictions sont mis à l'épreuve du doute et de la peur. Du fait du confinement, suivre la crise avec discernement est très difficile. C'est le moment d'utiliser autant que possible son esprit critique et son sens de l'analyse...

La chloroquine serait un médicament efficace et sans autre alternative de traitement ?

Depuis quelques jours on sent comme un égarement autour de la prise en charge médicale du Covid19. En effet, les débats tournent en rond sur une position étonnante et binaire. Face à l’impuissance de la science médicale, il y aurait une solution simple et économe dont on voudrait nous priver au nom du profit.. cette solution s'appelle l'hydroxychloroquine.

Encore plus étonnant, alors que la médecine moderne s'avoue impuissante à tel point que l'usage sans garantie de médicaments semble l'unique solution, on note en parallèle l'absence de débats autour des possibilités offertes par des thérapeutiques non conventionnelles.


Avant d'aller plus loin je pense qu'il est important d'exposer mon domaine de compétences.

je ne suis pas médecin, je suis vétérinaire.

Je ne suis plus allopathe, je pratique uniquement des thérapeutiques non conventionnelles.

je ne suis pas élue politique, j'ai cependant une certaine connaissance du règlement européen dans les domaines du médicament vétérinaire, des AMM, de la gestion des risques sanitaires en élevage, de la prévention des maladies contagieuses et des zoonoses.


En réalité cette crise souligne combien notre système démocratique ne se réfléchit pas en termes éthique et responsable mais uniquement en matière de responsabilité et de réglementation.


Pour un gouvernement, autoriser l'usage d'un médicament n'est pas une question de volonté ni même d'éthique médicale. C'est avant tout une question légale et réglementaire.

Dans les faits c'est la haute autorité de santé qui a les rênes. C'est elle qui émet des recommandations de manière collégiale et scientifiquement éclairée quand elle le peut. (entendre ici statistiquement éclairée)

Pour résumé, l'usage de l'hydroxychloroquine pour traiter les infections aux covid19 se voit appliquer les mêmes freins que les thérapeutiques non conventionnelles. Les médecins étaient jusqu'ici libres de la prescrire. Ils le faisaient alors sous leur responsabilité car sans l'aval de la haute autorité de santé.. Jusqu'au décret du 19 mars qui interdit désormais sa prescription et sa délivrance en ville hors cadre AMM, mesure d’exception rendue possible dans l'état d'urgence..


Il faut quand même reconnaître qu'à ce stade personne ne connaît le bénéfice réel de la chloroquine dans le traitement des infections au covid19 et surtout on est pas certain non plus qu'elle ne soit pas contre indiquée à certains stade de la maladie.


ATTENTION.. c'est précisément ici qu'il faut rester calme et lucide et ne pas mélanger toutes les notions.


Que démontre les deux études du professeur Raoult ?

Sur son action sur l'évolution de la maladie absolument rien. Son principal biais étant l’effet placebo plus que le faible nombre de patients testés. Et oui l'effet placebo ne concerne pas que l'homéopathie ! Je laisse les curieux qui le souhaitent aller plus loin sur cette notion.

Les essais randomisés mises en place au niveau européen sont donc bien nécessaires pour se prémunir de cet effet placebo, car nous manquons de données sur la physiopathologie du virus et sommes en quelque sorte dans une approche empirique pure.


Sur la dangerosité de son usage dans le cas du covid19, cette étude n'a néanmoins pas révélée de problème, ce qui est encourageant pour la suite. Les gens qui disent que des tests supplémentaires sont inutiles car ce médicament connus depuis longtemps a déjà prouvé son innocuité, n'ont pas compris la problématique.. En effet, ce médicament a majoritairement été donné à des personnes saines en prévention du paludisme. Mais rien n'indique à l'heure actuelle des connaissances qu'un organisme malade du covid19 va bien le tolérer.. Surtout que des anti inflammatoires non stéroïdiens ainsi que la cortisone administrés à certains stades de la maladie ont montré leur dangerosité..

Donc oui la prudence reste de mise.


Pour les autorités un cadre expérimental est donc une réponse légale pour permettre l'usage de plusieurs molécules et associations de molécules sans engager la responsabilité des médecins prescripteurs et des laboratoires. À ce jour, si vous êtes malade à l’hôpital et que l'on vous propose de l'hydroxychloroquine, on vous informe des risques et vous signez une décharge, tout simplement.

Est il judicieux de hurler au scandale et à l'ingérence ? Je ne sais pas..


Alors pourquoi le peuple chinois semble s'en sortir mieux que les européens ?

Là personne ne peut avoir de certitudes..

Les théories sur les sujets sont nombreuses et je ne souhaite pas développer ce sujet qui dépasse mon domaine de compétences.


Je pense simplement qu'il est important de se rappeler l'origine et l'histoire de l'hydroxychloroquine. Car de toute évidence, si cette molécule peut aider il y a de grande chance pour qu'elle ne soit pas le remède miracle tant espérer contre le virus.

Il s'agit d'un dérivé synthétique la quinine, alcaloïde naturel extraite initialement d'un arbuste d'origine amérindienne le Quinquina, cinchona officinalis. L'usage thérapeutique en Europe de cette plante remonte au 17e siècle comme anti-infectieux général et tonique majeur.

Elle est introduite en Chine à la même époque ce qui en fait une plante récente de la pharmacopée traditionnelle chinoise. En Europe l'usage de la plante a été récurrent lors des grandes épidémies jusqu'à la découverte des antibiotiques et notamment lors de la grippe espagnole de 1919.


En tant que phytothérapeute, évidemment l'idée m'effleure.. et si le totum de la plante était plus efficace qu'une molécule dérivée synthétique ? Et si une prescription optimisée et sans effet secondaire nécessitait plutôt une prescription traditionnelle ?


Parce que nous semblons l'oublier mais le système de soin européen est très différent de celui des chinois. En effet, leur médecine  s'est évidemment modernisée mais selon un mode d'intégration et non d'exclusion. Ainsi, la médecine traditionnelle chinoise a encore une place non négligeable dans le traitement et la prévention des maladies. Sans compter que beaucoup de chinois n'ont pas accès aux médicaments pharmaceutiques et que la pharmacopée traditionnelle est parfois la seule médecine accessible dans certaines régions rurales..


De mémoire, lors du dernier épisode de grippe aviaire en Chine, en plus de l'usage des masques les autorités chinoises avaient recommandé l'usage quotidien de tisanes pour prévenir et guérir les stades débutants ce qui avait provoqué pas mal de moqueries de la part de certains pays européens dont la France. Or ces pays qui pratiquent une médecine soit disant « des plus développée » sont aujourd'hui en train de mettre de côté le temps de la crise les herboristes, les phytothérapeutes, les thérapeutes holistiques, les homéopathes. Ne serait ce pas là une grave erreur ?


Au delà de ce fait hautement symbolique qui exprime encore une fois cette fausse idée de supériorité de la science moderne .. cette dernière de toute évidence dépassée par la situation voit maintenant son salut dans un dérivé chimique de la quinine qui est aussi produit par une plante africaine sarcophelus lactifolius « l'arbre aux quinines » dont le fruit recouvert de spicules pourrait bien alimenter la théorie des signatures si il se révélait efficace contre le coronavirus..

Le vivant sait aussi se faire ironique !


Nous réalisons l'énormité des méfaits de la mondialisation au travers la pénurie de masques.

De la même manière seront nous reconnaître l'absurdité de notre vision de la santé et des maladies et se rappeler que nous avons aussi des ressources traditionnelles et holistiques.

Enfin ce qu'il en reste..


Dr Vet émilie Salesse, mise à jour le 28 mars 2020


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